Une de mes plus belles rencontres depuis la naissance de Crapouillou, est celle avec Catherine Dumonteil-Kremer. Elle est
l'auteure de plusieurs livres que j'adore, dont Élever son enfant autrement, Relations frères-soeurs, Poser des limites à son enfant, et Jouons ensemble autrement!, mais c'est
surtout une personne incroyablement bienveillante envers les parents et leurs enfants.
Elle vient d'écrire ce petit texte sur son blog, qui me parle beaucoup et dont je pense afficher un exemplaire à la
maison. Disons qu'en ce moment, je suis bien trop souvent une maman-dragon, et ça ne me convient pas...
Poser les limites respectueusement de 18 mois à 6 ans
1. Informez-vous sur le développement de l’enfant et ses besoins à chaque étape de sa vie. Vos règles
seront ainsi adaptées à ses compétences. Et surtout observez-le, il vous en dira plus sur ses capacités que le meilleur des livres sur l’éducation.
2. Je vous propose une nouvelle définition du mot bêtise : nom féminin désignant une action inadaptée
qui est généralement la conséquence d’un manque d’attention, le fruit d’une blessure ; peut aussi correspondre à une simple maladresse due au manque d'expérience de l'enfant. Cela modifiera
peut-être votre regard sur les comportements que vous jugez inadaptés.
3. Faites de la prévention : annoncez-lui de quoi sera faite sa journée par exemple. Un grand nombre
de problèmes surviennent parce que l’on n’a pas pris la peine d’informer notre enfant et qu'il se retrouve dans une situation nouvelle pour lui, parfois inquiétante, son comportement en est
perturbé et il fait alors ce que l’on appelle des « bêtises ».
4. Faites une liste de vos règles non négociables. Voici la mienne pour mes filles lorsqu'elles
avaient entre 2 et 6 ans : ne pas blesser des enfants, des adultes, des animaux, ne pas dégrader le matériel, le nôtre et celui d'autrui. Cela vous permettra de définir ce qui est vraiment
important.
5. Poser des limites sans menaces, chantage affectif, culpabilisations, punitions-récompenses, coups,
requiert toute votre intelligence aimante, cela prend du temps et beaucoup d'énergie. Révisez vos attentes à la baisse si cela est possible. Avant d'exiger quoique ce soit de votre enfant
posez-vous les questions suivantes :
D'où provient cette idée, est-ce une simple reproduction des règles imposées ? Cela a-t-il du sens
pour lui ?
Essayez de penser chaque situation comme si elle était entièrement nouvelle.
6. Les actes que vous n'acceptez pas.
Il y aura toujours mille réponses créatives à mettre en place. De plus chaque situation constitue un cas particulier.
Voici un exemple: votre enfant renverse systématiquement une bouteille de shampooing dans
la baignoire.
Vous pourriez :
- Tout d'abord expliquer pourquoi vous n'êtes pas d'accord pour qu'il fasse cela, c'est un préalable
indispensable; en même temps ne pas vous attendre à ce qu'il en tienne compte. Son besoin de vivre des expériences est très intense !
- Ne plus ranger de bouteille sur le bord de la baignoire, c'est la solution la plus tranquillisante
pour vous et pour lui.
- Lui proposer un bain moussant avec bouteilles de shampooing vides à remplir et à vider, en faisant
cela vous remplacez une activité par une autre.
- Lui donner la possibilité d'utiliser le shampooing pour se laver lui même les cheveux ou laver les
vôtres. Tout dépend de ce qu'il recherche dans le fait de vider une bouteille de shampooing : est-ce le contact avec le produit? La mousse ? Le simple fait de vider un flacon ? Cela semble
compliqué, mais à partir du moment où vous vous poserez la question vous trouverez la réponse en un temps record.
Ayez confiance en lui. En quelques semaines cette question sera résolue, surtout si vous n'en faites
pas un combat que vous savez vous affirmer avec souplesse, et clarté.
Dans les situations d'urgence : il s'apprête à traverser une route sans être accompagné, il va mordre
ou frapper le fils d'une amie, etc., vous pouvez contenir physiquement votre enfant. Veillez à ce que vos gestes ne soient pas violents, prenez-le dans vos bras, il est possible qu'il vive un
chagrin, ou une colère du fait de l'impuissance qu'il éprouve. Écoutez les émotions qui s'expriment.
7. Les petites habitudes de vie, vos traditions familiales
Deux exemples :
-les conventions sociales
Votre enfant apprend par imitation, alors pratiquez assidûment l'habitude que vous souhaitez qu'il
adopte. Votre petit veut plus que tout avoir un rôle au sein de sa famille, et être considéré. Il mettra quelques années avant d'adopter les conventions sociales de votre groupe de référence,
c'est une question de temps. Les bambins autour de deux ans ont une passion pour l'imitation qui ne dure qu'un temps, ils jouent avec nos comportements dans le but de s'y entraîner, et passent
rapidement à d'autres expériences. Cependant vos traditions familiales, celles auxquelles vous tenez le plus finissent par s'enraciner en lui, et vous le verrez peu à peu adopter les codes
sociaux auxquels vous tenez, quels qu'ils soient.
Concernant les conventions voici la question que je me suis posée. Nous sommes courtois avec les
personnes de notre cercle d'amis, nos relations, les individus que nous ne connaissons pas. Mais au sein de la famille ? Comment parlons-nous à notre partenaire ? Et à nos enfants ? Notre bambin
va d'abord imiter les comportements qu'il observe dans la famille...
-l'hygiène corporelle
Parmi les nombreuses préoccupations des parents, l'hygiène corporelle occupe une grande place. Nous
luttons quelquefois beaucoup en fin de journée, alors que nos sommes épuisés par une journée de travail à l'extérieur ou auprès des enfants. C'est dans ces conditions que nous tentons d'obtenir
que nos petits prennent un bain. Et il arrive que ces derniers veuillent se soustraire à ce que nous considérons comme une nécessité.
Que faire ?
- Abandonner le bain tous les soirs : C'est une possibilité à prendre très au sérieux. Certains
parents attendent 2-3 jours, d'autres vont plus loin. Croyez-moi, il arrive une période dans la vie des jeunes où la salle de bain est inaccessible, ils en ont fait leur lieu de
résidence, et on regretterait presque ces moments-là !
- Faire de l'heure du bain un moment de plaisir, et de détente, avec massage, bain moussant, petites
bougies à éteindre et à allumer.
- Et si c'était un moment de partage ? Prenez le bain avec votre enfant, jouez ensemble, demandez lui
de vous faire un shampooing par exemple.
- Changer l'horaire du bain, nos tensions de fin de journée sont souvent contagieuses.
- Chauffer la salle de bain de manière à ce que votre petit n'ait pas de sensations d'inconfort, au
moment du déshabillage, mais aussi en sortant du bain.
- Jouer avec lui à la poupée qui prend son bain, et soyez à l'écoute de ce qui peut se passer. Le jeu
peut dénouer bien des situations angoissantes pour les bambins.
8. Observez-vous. Lorsque vous avez une réaction exagérée à propos d'un sujet, posez-vous. Le travail
sur votre propre histoire apaisera profondément votre relation avec votre enfant.
9. N'hésitez pas à dire non de façon claire et honnête, avec délicatesse, sans gêner votre enfant ou
l'embarrasser publiquement. Après un « non », une déception plus ou moins grande se manifestera. Votre enfant sera triste ou en colère, il aura besoin d'être écouté à ce moment-là. C'est le fait
de lui refuser cette écoute qui le blessera, bien plus que le non en lui-même. Respectez les non de vos enfants, ils ont aussi besoin de poser des limites à leurs parents, de leur faire savoir
qu'ils existent en tant d'individu.
10. Et... dites « oui » le plus souvent possible sans culpabiliser. Oui à ses demandes, oui à ses
explorations, oui à son être vivant et enthousiaste. L'acceptation produit confiance, sécurité, et une vision positive de la vie.
11. Partagez avec d'autres parents au sein de groupe de soutien. C'est un grand soulagement de voir
que les autres rencontrent les mêmes difficultés que nous et trouvent des solutions créatives qu'ils sont prêts à partager.
12. Avant tout essayez de comprendre ce qui se passe en lui. Un enfant a toujours une excellente
raison pour agir comme il le fait (ce qui ne signifie pas que nous devrions le laisser faire quoiqu'il fasse), il ne sait pas qu'il enfreint les règles. Il essaie de trouver des solutions pour
lui-même. Ce travail nécessite beaucoup de réflexion, fait appel à notre intelligence et ne peut être remplacé par aucune méthode. C'est un des aspects les plus stimulants de l'art d'être
parent.
Mais partez TOUJOURS du principe que votre enfant a les meilleures intentions du
monde à votre égard.